GRP Ultra Tour 160 2026 : 177 km dans les Pyrénées, mille vies dans une course

Il y a des courses que l’on choisit pour leur distance, leur difficulté ou leur prestige. Et puis il y a celles qui nous habitent depuis longtemps.

Le Grand Raid des Pyrénées Ultra Tour 160 faisait partie de ces courses-là pour moi. Avec la Diagonale des Fous, c’est l’une de celles qui m’ont donné envie de découvrir le trail, l’ultra, la montagne autrement. Non pas seulement comme un terrain de jeu ou de performance, mais comme un espace où l’on vient chercher quelque chose de plus profond.

En 2026, j’ai donc pris le départ de l’Ultra Tour 160 : 177 km, environ 10 500 m de dénivelé positif, et une arrivée après 33h11 d’effort.

Mais ce que je retiens le plus, ce n’est pas seulement un chrono, une distance ou un classement. C’est ce que cette course m’a fait traverser.

William Seychelles - Kinésithérapeute DE, coach course à pied et trail à Saumur et à distance

Spécialisé dans l’entraînement, la prévention des blessures et l’accompagnement des coureurs, du 10km à l’ultra-trail.

Une course chargée de souvenirs

Les Pyrénées ont une place particulière pour moi. Il y a des sommets que j’aime admirer, observer, contempler. Des vallées qui me ressourcent. Des lieux qui, avec le temps, deviennent plus que des paysages.

Sur ce GRP, il y avait cette sensation étrange de traverser des endroits connus, aimés, chargés de souvenirs. Passer par Hautacam, y voir la famille, retrouver des repères familiers au milieu d’une course aussi longue, c’était très fort. Presque l’impression d’être à la maison, alors même que la course ne faisait que commencer.

C’est peut-être cela qui rend l’ultra si particulier : on avance dans un décor immense, mais ce sont souvent des détails très simples qui nous touchent. Un visage connu. Une lumière sur une crête. Un mot au bon moment. Un ravitaillement qui redonne un peu d’humanité quand le corps commence à se fermer.

Un projet devenu commun

Cette course n’était pas seulement mon projet.

La veille, Célia courait le Tour de Bastan, 53 km et 3 500 m de dénivelé positif. Le lendemain, je prenais le départ de l’Ultra Tour 160. Deux courses différentes, deux formats, deux aventures, mais une même semaine tournée vers la montagne.

Ce GRP est devenu progressivement un projet de couple. Nous avons partagé des entraînements, des sorties spécifiques, des discussions, des doutes, parfois des angoisses, et finalement beaucoup de joie.

C’est une dimension que l’on oublie parfois quand on parle d’ultra. On met souvent en avant le coureur, son résultat, son effort. Mais derrière une course comme celle-ci, il y a rarement une seule personne. Il y a une famille, des proches, des amis, des messages, des encouragements, une organisation à la maison, une disponibilité mentale que l’on prend aussi aux autres.

Et quand les choses deviennent difficiles, ce sont souvent ces liens-là qui permettent de continuer.

Une inscription tardive, presque un pari

Je me suis inscrit tardivement, en juin 2026, le dernier jour des inscriptions.

Ce n’était donc pas l’objectif construit depuis six mois, avec une préparation parfaitement linéaire, des blocs montagne répétés, un calendrier familial entièrement organisé autour de la course. C’était presque un pari. Une question simple : et si c’était la bonne année ?

Ce choix a eu un effet assez inattendu. Comme la course n’était pas devenue “l’objectif absolu” de l’année, je l’ai abordée avec plus de légèreté. Moins de charge mentale. Moins de pression. Plus d’envie.

Cela ne veut pas dire que la préparation a été prise à la légère. Au contraire. Comme le temps était compté, chaque séance devait avoir du sens. Il fallait aller à l’essentiel, accepter les limites du contexte, ne pas chercher à tout faire, mais faire les bons choix.

Cette préparation courte m’a beaucoup appris. Comme coureur, bien sûr. Mais aussi comme coach. Accompagner les autres est une chose. S’accompagner soi-même en est une autre. Et je crois que rarement une préparation m’aura autant obligé à être lucide, précis et honnête.

Le départ : avancer sans se laisser emporter

Sur un ultra de 177 km, le départ est toujours particulier. Il y a l’ambiance, l’envie, l’énergie du peloton, mais aussi cette petite voix qui rappelle que la journée sera longue. Très longue.

Jusqu’à la première grande base de vie, à Pierrefitte, autour du 78e kilomètre, la course s’est très bien déroulée. Les sensations étaient bonnes. L’alimentation passait. Le rythme était maîtrisé. Je n’avais pas l’impression de subir.

Une gêne au tendon d’Achille droit est apparue assez tôt, vers le 30e kilomètre. Rien de violent, mais suffisamment présent pour être noté. Heureusement, elle est restée stable tout au long de la course. Dans un ultra, toutes les douleurs ne sont pas alarmantes, mais toutes demandent d’être écoutées. Celle-ci m’a accompagné, sans vraiment prendre plus de place.

Ce début de course a été l’une des parties les plus agréables : l’impression d’être dans le bon tempo, de profiter, de rester patient.

Le problème de puce : un grain de sable mental

Au Col de Sencours, on m’annonce que ma puce ne fonctionne pas correctement. Elle n’aurait bipé qu’au départ.

Sur le moment, c’est très déstabilisant. Je comprends que mes proches peuvent s’inquiéter de ne pas me voir apparaître dans le suivi. Je comprends aussi qu’il va falloir signaler régulièrement le problème aux contrôleurs et au PC course pour être pointé manuellement.

Ce n’est pas dramatique en soi. Et l’organisation a très bien géré la situation. Les bénévoles, les contrôleurs, les personnes aux ravitaillements ont été à l’écoute et ont fait le nécessaire.

Mais sur le moment, dans l’effort, cela prend de la place. Cela agace. Cela fait monter une forme de tension inutile. Il y a même cette sensation désagréable de devoir presque justifier que l’on a bien fait les kilomètres depuis le départ.

C’est un fait de course, rien de plus. Mais sur un ultra, même un détail administratif ou matériel peut devenir émotionnellement plus lourd qu’il ne le serait dans la vie normale.

Avec le recul, je retiens surtout que malgré ce problème, l’organisation et les bénévoles ont été présents, réactifs et bienveillants. Et c’est aussi cela qui fait la qualité d’un grand événement.

Des ravitaillements et bases de vie très bien pensés

S’il y a un point que je veux vraiment souligner, c’est la qualité de l’organisation.

Sur une course aussi longue, les ravitaillements ne sont pas de simples points où l’on prend à boire ou à manger. Ce sont des sas. Des endroits où l’on retrouve un peu de chaleur, de lumière, de voix humaines, parfois un sourire qui suffit à relancer.

Les bases de vie étaient bien pensées. Les bénévoles étaient disponibles, attentionnés, chaleureux. On sentait une vraie culture de l’accueil. Ce n’est pas toujours simple à expliquer, mais il y a des courses où l’on se sent réellement pris en charge, sans que cela enlève quoi que ce soit à la difficulté de l’épreuve.

Sur ce GRP, j’ai eu cette impression très forte.

Même dans les moments où je n’arrivais plus vraiment à manger, même quand je n’étais plus très lucide, il y avait toujours quelqu’un pour aider, proposer, encourager, orienter.

Les bénévoles du Grand Raid des Pyrénées ont été remarquables. Et quand on passe plus de 30 heures dehors, cela compte énormément.

Le basculement autour du 100e kilomètre

Jusqu’au 100e kilomètre environ, mon alimentation était régulière. Je parvenais à absorber autour de 60 à 70 g de glucides par heure, ce qui était plutôt conforme à ce que j’avais prévu.

Puis, à Estaing, autour du 100e kilomètre, gros coup de fatigue.

À partir de là, l’alimentation devient presque impossible. Plus envie. Plus de tolérance. Plus de capacité à continuer à ingérer ce qui passait jusque-là. La suite de la course se fera principalement avec quelques verres de Coca.

C’est une bascule très nette.

L’ultra est parfois étrange : pendant des heures, on pense tenir le fil, puis ce fil devient beaucoup plus fragile. Le corps continue d’avancer, mais l’énergie devient irrégulière. Le mental fait des vagues. Un moment, on croit que cela revient. Quelques minutes plus tard, tout semble à nouveau très loin.

Entre Estaing et Luz-Saint-Sauveur, j’ai alterné ces hauts et ces bas. Des moments de volonté, des moments de découragement, des moments où l’on se demande pourquoi on fait cela, puis des moments de gratitude immense.

C’est peut-être l’une des vérités de l’ultra : on peut ressentir dans la même heure l’envie d’arrêter et la chance incroyable d’être là.

Luz, Tournaboup, puis le Néouvielle

Après Luz-Saint-Sauveur, j’ai retrouvé un peu d’élan. Pas forcément de l’énergie physique, mais une volonté. L’envie de continuer, de rejoindre Tournaboup, de rester dans le mouvement.

Puis arrive le secteur du Néouvielle.

Et là, la course devient vraiment difficile.

Le terrain est technique, exigeant, parfois interminable dans la tête. Je n’ai plus beaucoup d’énergie. L’alimentation ne passe presque plus. J’ai l’impression de ne pas avancer. Chaque portion demande de la concentration. Le relief, les appuis, la fatigue accumulée, tout semble coûter plus cher.

C’est probablement le secteur où je perds le plus de temps. Mais c’est aussi l’un de ceux qui me rappelle le plus ce qu’est un ultra : avancer même quand la progression semble dérisoire. Accepter de ne pas être brillant. Accepter de faire au mieux avec ce qu’il reste.

Il y a des moments où la performance n’est plus une question d’allure. Elle devient simplement la capacité à ne pas sortir de l’histoire.

Finir en courant

Et puis, comme souvent dans ces courses, quelque chose revient.

Pas forcément une grande euphorie. Plutôt une direction claire : l’arrivée se rapproche. Le terrain devient plus favorable. Le corps accepte à nouveau de courir.

Dans les 12 derniers kilomètres, principalement en descente, j’ai pu relancer. Finir en courant après plus de 30 heures d’effort a été une vraie satisfaction.

Pas parce que cela change radicalement le résultat. Mais parce que cela donne le sentiment de terminer debout, encore acteur de sa course, malgré les passages à vide précédents.

Après 177 km, ce n’est jamais anodin de pouvoir recourir.

Ce que je retiens

Je termine ce GRP Ultra Tour 160 en 33h11, 39e au scratch.

Bien sûr, il y a une satisfaction sportive. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’épaisseur de l’expérience.

Je retiens les paysages.
Je retiens Hautacam.
Je retiens les visages connus.
Je retiens Célia et ce projet partagé.
Je retiens les bénévoles.
Je retiens la qualité des ravitaillements.
Je retiens la bienveillance de l’organisation malgré le problème de puce.
Je retiens les moments où tout semblait simple, et ceux où tout semblait beaucoup trop long.
Je retiens cette impression d’avoir vécu plusieurs vies dans une seule course.

L’ultra n’est pas un graal. Il n’y a pas besoin de courir 177 km pour s’accomplir. On peut trouver beaucoup de sens dans des efforts plus courts, plus simples, plus accessibles, plus équilibrés aussi.

Mais à cet instant de ma vie, cette course répondait à quelque chose. Un besoin profond. Une envie de montagne, de durée, de confrontation, de partage.

Et même si certains aspects de ce sport peuvent sembler absurdes — courir si longtemps, ingérer des produits énergétiques pendant des heures, traverser des moments de détresse volontairement — il reste quelque chose de difficile à expliquer.

Quelque chose qui donne envie d’y revenir.

Merci

Merci à Célia, pour ce projet partagé, pour les entraînements, les discussions, les doutes et les joies.

Merci à ma famille, aux proches, aux amis, à ceux qui ont suivi, encouragé, rassuré, attendu.

Merci aux bénévoles du Grand Raid des Pyrénées. Votre présence change tout. Votre attention, vos mots, votre chaleur humaine font partie intégrante de la course.

Merci à l’organisation, pour ce parcours exceptionnel, ces bases de vie bien pensées, ces ravitaillements précieux, et cette capacité à gérer les imprévus, même quand une puce décide de ne pas faire son travail.

Le GRP Ultra Tour 160, ce n’est pas seulement une course de 177 km.

C’est une traversée.

Mille vies dans une course.

William SEYCHELLES

Spécialisé dans l’entraînement, la prévention des blessures et l’accompagnement des coureurs, du 10 km à l’ultra-trail.

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